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On pourrait croire que le travail récent de Hani Amra est très différent de sa précédente exposition. Pour la Fondation A.M. Qattan, les photographies proposées par Hani montraient, avec une très grande élégance stylistique et une magnifique maîtrise technique, un univers de contrastes : urbain/humain, pierres taillées/mouvements, brillance/mat. Tout cela dans un registre qui, quoique tendant très nettement à l'abstraction, restait d'un beau classicisme. Néanmoins, l'aspect important de ce travail était le sentiment né de ces contrastes. Sentiment d'ouverture, de recherche, de questionnement sur l'identité, sa propre identité en tant qu'artiste.
Et c'est là que l'on peut voir que le travail qu'il nous donne à voir aujourd'hui est dans une parfaite continuité, bien que dans une rupture de style. Le fond reste le même : qui suis-je ? Et en l'occurrence, plus important encore quand on vit à Jérusalem-Est : la question cruciale qui est « où suis-je ? ». Et Hani de parcourir cette ville, trois fois sainte et tout autant maudite, remuée par des travaux, scindée par un mur couronné de barbelés, dont les arcades appellent au chaos. Une ville en mutation, qui perd ses noms, perd ses mots, perd sa mémoire.
Alors Hani, par la magie de la pensée et de la volonté de l'artiste, comme l'ange qu'il est survolant le mur de séparation, comme le citoyen qu'il est à la carte d'identité répétée à l'infini et papillonnant autour des soldats de l'occupant, comme le passant qu'il est, entité parmi tant d'entités différentes, Hani l'artiste redessine le monde tel qu'il devrait être, tel qu'il pourrait être, et redonne à la ville une identité autre qui ne soit pas exclusivement celle modelée par la force : le sol transpire de divinités antiques, les personnages se munissent comme autant d'armes de statuettes de ces dieux qui étaient ici invoqués avant le monothéisme séparateur. Une plongée dans la mémoire oubliée, et peut-être réellement réunificatrice, de sa ville. Une plongée dans l'identité constructive de sa cité. Hani, par son acte poétique, fait acte politique et de civisme. Son monde de collages ressoude l'homme et sa ville, l'individuel et le politique, le singulier et l'universel. Il fallait pour cela beaucoup d'imagination, beaucoup de subterfuges, beaucoup de légendes : les anges sont venus à sa rescousse.
Mais, comme dans son précédent travail, l'œuvre est suffisamment ouverte pour dire cela et son contraire. C'est là l'apanage de l'art, du véritable art, du grand art peut-être, de ne pas laisser qu'un unique discours passer par ses canaux : la polysémie du travail de Hani, comme autant de portes, de fenêtres, de soupiraux, de lucarnes, laisse le sens s'échapper par là où l'on veut. Une œuvre qui créera autant d'histoires que de personnes qui la regarderont.
Philippe Guiguet Bologne
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Qattan Young Artist 2008 Indiscretions
" Hani explores the liminal spaces of existence in the occupied city of Jerusalem. Reflecting the world around him, he captures in his work the incongruities and the serendipity of the everyday, wether it is snow on the ground, the streets in the old city, light on the landscape, or a piece of newspaper.
His attention is often drawn to the passage of light that is traced on the space of the city. Through these photographs he attempts to reveal an identity in crisis, an identity rooted in place but in a city that is slowly being partitioned and vacated. His series manifest scenarios that are made up from collections and sequences of images.
Some of the most revealing images are those that explore his male identity in which gestures and moments of contemplation are imaged; images that, next to the everyday images of the city, reveal an intimate and intense relationship with it. What is characteristic of a new generation of male artists in this exploration of self-identity, a line of enquiry also found in the works of artists from the earlier generation such as Khalil Rabah, Tayseer Batniji and Sharif Waked. Artists have moved away from images of machismo and heroism towards a more intimate exploration of their individual identity in which vulnerability, uncertainty and even sarcasm are prevalent. "
Tina Sherwell
Excerpt from: The Young Artist of the Year 2008
The Hassan Hourani Award
Catalogue p.20, Liminal Spaces
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